03.11.2009
Fille et mère
Louloute vient de fêter ses neuf ans. Elle a désormais des secrets bien gardés, des lettres à écrire à ses copines quand elle est en vacances et un IPod pour s'isoler du monde. Encore petite fille et déjà plus petite fille. Heureuse de se blottir dans le lit de ses mamans et de jouer à l'élastique, et ravie de s'enfermer dans sa chambre avec une amie pour parler de tout et de rien.
Je la vois osciller entre l'envie de rester petite et la volonté déjà bien affirmée de voler toute seule. Je sais que la pire chose que je puisse lui dire est que je la comprends. Parce que je sens bien que déjà, pour elle, je ne la comprends plus, surtout si je le dis comme ça. Faut comprendre autrement, pas par des affirmations mais par des gestes. Je le sais bien, je m'en souviens bien, mais parfois, je ne peux me résoudre à me taire. Alors, sa répartie est cinglante et sans pitié.
En la regardant, je me vois petite, en me regardant, je vois ma mère, j'ai l'impression d'être les deux. Fille et mère, mère et fille.
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29.10.2009
L'hiver en Normandie
En vacances de la Toussaint, au bord de la mer, je sors la doudoune de Lutin pour faire un tour sur la plage déserte et bien frisquette. Ma Douce conteste.
- Un coupe-vent, ça suffit, on n'est quand même pas en hiver!
Lutin, très sérieux, enchaîne.
- Bein voui Lulu, on est en Norrrmandie, on n'est pas en hiver, ohlala...
(Enfin bon, même l'automne en Normandie, ça caille!)
19:28 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.09.2009
Quelle différence?
J’en ai marre de ces émissions qui clament que ma famille est « comme les autres ».
Déjà parce que je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, « comme les autres », et puis parce que je sens bien que, même si le sens de l’expression m’échappe, pour certains, je ne serai jamais « comme les autres ». Et parce que j’ai l’impression qu’à travers ce terme, on m’ordonne de me justifier de la famille que j’ai choisie de construire.
Pendant un temps, je me disais que oui, cette famille était différente, pour plein de raisons. Nos enfants n’ont pas été conçus sous la couette (comme plein d’autres), ils n’ont pas de papa à la maison (comme plein d’autres). Ils sont bilingues (comme plein d’autres), ils vivent entre trois cultures (comme plein d’autres). A chaque fois, la différence me rapprochait ou m’éloignait de quelqu’un. Mais finalement aucune n’était imputable uniquement au simple fait que nous étions deux parents de même sexe.
Alors pourquoi je n’étais pas « comme les autres » ? D’où vient ce sentiment diffus, qui surgit à des moments parfois inattendus, qu’il y a entre moi et « les autres » une frontière, parfois de l’ordre d’une simple hésitation, d’une ligne en pointillé, parfois d’un mur infranchissable. Une différence qui, je le sens bien, ne tient qu’au fait que j’élève mes enfants sans papa avec une autre femme.
Plus ça va, plus je me demande si notre différence n’est pas simplement dans le regard des autres.
Dans la terre qui se dérobe sous les pieds de nos parents quand ils apprennent l’arrivée de petits-enfants qui n’attendaient pas, ou plus.
Dans le mélange de joie et de crainte qui les envahit.
Dans les certitudes ébranlées, dans les convictions questionnées.
Dans cette mise à l’épreuve des opinions bien arrêtées.
Dans les abstractions qui prennent soudain corps.
Dans tout ce que nos enfants bousculent et interrogent, par leur simple existence.
Et si notre différence était simplement là, dans ce tremblement-là ?
Dans les frontières qui bougent dans nos familles quand nos enfants paraissent.
Dans les ponts coupés et dans les silences soudains.
Dans tout ce que nos enfants viennent solliciter, comme n’importe quel enfant – l’amour, la tendresse, le respect de leur personne – mais que certains seront incapables de leur offrir. Ce sera au-dessus de leurs forces.
Et si notre différence n’était que dans le regard des autres ? Dans le regard qui fuit, dans le coup d’œil de biais, en cachette, dans les yeux qui scrutent et qui traquent la faille. Dans le regard oblique, aveuglé, voilé. Obnubilé par le devenir de nos enfants. Cerné de doutes et d’interrogations.
La réponse, je l’ai. Je l’ai parce que, parfois, je deviens « comme les autres ». Parfois, il suffit que le regard change d’angle pour que notre différence s’estompe, se disperse et finisse par s’évanouir. Nous n’aurons rien changé, rien n’aura changé. Et pourtant, tout aura changé.
Quand mes parents ont appris que je portais leur troisième petit-enfant, mon père nous a félicitées, ma mère s’est tue. Pour de longs mois. Puis notre fille est née, un peu trop tôt, et ils ont pris l’avion le lendemain. Sans demander s’ils pouvaient venir. Il n’y avait plus de place pour le doute.
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